Lettre à Roxane

ROXANE


Doit-on se confier, s’ouvrir à nos enfants en dehors de tout conflit, tout malentendu, toute disputation ?

Bon d’accord tu n’es plus une enfant, rappelle-moi ton âge déjà ?

29 ans ? Ah oui quand même… Mais bon faisant fi de ce « détail », tu es et reste mon « enfant » et si tu continues de ronchonner je vais en rajouter en versant dans du … ma « petite » fille.

Bon je continue car là je me disperse en voulant te titiller …

Je pense qu’il est important de tout dire à son enfant. Lui faire des reproches oui s’il y a matière à le faire mais prendre également le temps pour le féliciter s’il y a matière à…

Je dois reconnaître ta combativité, ta force, ta détermination. Tu es sensible et fragile mais tu as cette capacité, cette combativité à toujours te relever après une chute.

Tu as développé cette énergie qui te fait toujours remonter à la surface. Tu me téléphones on en parle et une bonne bouffée d’air frais dans ton cœur te redonne le moral. Il n’est de problème sans solution. Et tu as compris que :

La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent.” Albert Einstein

Nous ne sommes que contradictions, tellement d’émotions nous submergent qu’en même temps qu’il y a de quoi être perdu.

Comme je le fus, comme nous le sommes tous avant de comprendre que ce n’est pas une fatalité que de subir l’effet yoyo de nos émotions. Il existe une autre voie possible mais je te laisse la découvrir…

Il est un testament que l’on peut, que l’on doit transmettre de son vivant. Des paroles couchées qui doivent rencontrer les êtres aimés. On oublie si vite les paroles dans le tumulte et la rapidité de nos vies. Les écrits ont le pouvoir de rester gravés à jamais. Testament vertical et non horizontal. Testament qu’aucun notaire ne te lira jamais.

Tu es et je te l’ai déjà dit, l’extension de ma lutte, de mon combat. Je n’y suis pour rien, cette force là t’a été donnée à la naissance. Je n’en revendique aucune paternité. Nous ne devenons que ce que nous voulons. La nécessité de la lutte parfois on l’acquiert parfois on la porte en soi. Nous avons tous un destin, le but ultime de notre Vie est d’aller à sa Rencontre,  de le chercher toujours et encore.

Rencontrer son utilité et la vivre. Que l’on soit locomotive ou wagon, un jour nous vient l’impérieux besoin de ne plus être le jouet de je ne sais quelle tyrannie qui nous aliène à l’autre, aux autres et nous éloigne de nous. S’il est un message à transmettre à nos enfants c’est celui-ci. La Liberté telle qu’elle nous est enseignée n’existe pas. Point de liberté dans l’individualisme. Nous sommes tous liés et reliés par un lien invisible et chacune de nos paroles, de nos actes est en suspend dans l’Univers et agissants dans l’Univers. Chaque pensée, chaque parole, chaque acte négatif ou positif nous touchent et touchent toutes les formes de vie. Nous portons en cela une grande, une très grande Responsabilité.

Tu es Roxane devenue une femme indépendante mais sans excès (comme j’ai pu l’être parfois, souvent). Tu es à l’écoute des autres mais pas trop afin de ne pas les priver de la nécessité à vivre leur individualité, de la responsabilité qu’ils ont à assumer cette individualité. Tu es suffisamment indépendante pour t’opposer à moi quand il le faut, combattre parfois ma démesure, parfois mes excès. Tu n’as pas hérité d’une mère « facile » et pourtant tu t’en sors très bien.

Tu sais te protéger tout en restant disponible à l’autre. Tu sais aimer dans le Respect et la Tolérance. Tu n’es pas dans le jugement tout en ne faisant aucun cadeau aux dérapages dès lors qu’ils t’atteignent, te mettent en danger.

Oh ne te gausse pas de ces mots, tu as ma chérie encore une longue route devant toi. Des luttes à mener, beaucoup de luttes. Tu vas en perdre sois-en sûre, la délivrance ne peut se faire que dans les défaites « et » les victoires acceptées.

Tu es une Guerrière, tu dois donc tout vivre pour tout comprendre et tout comprendre pour tout dépasser. Savoir panser tes blessures comme savoir dans l’humilité récolter les lauriers de tes victoires. Cela se vit Roxane de la même façon. Sans apitoiement quand le combat nous est défavorable et sans orgueil lorsque le combat fait de nous le vainqueur. Défaite et victoire, deux faces d’une même pièce. Aucune face plus importante que l’autre. Ce combat que tu mènes, en vrai ma chérie, cet adversaire avec qui tu croises le fer – c’est toi – mais chut je ne suis pas censée te le dire. Tu conviendras dès lors que c’est toi, tes pensées, tes certitudes, tes errements que tu affrontes, çà rend plus humble hein dis…. !

Je t’aime Roxane et j’aime aussi ton entêtement, oui oui tu es très têtue – héritage paternel et maternel (doux mélange de tes origines portugaises et charentaises elles-mêmes mâtinées italo-espagnol). Tu n’as pas toujours raison et puis quoi encore … Tu as hérité de moi tes cris, tes « gueulantes » pied-noiresques et çà ce n’est pas le meilleur que j’avais à te transmettre (humour). Tu brailles trop comme je braillais trop (j’avoue le faire encore un peu…) – mais je sais que tu essaies de changer et je sais que tu vas y arriver car justement tu es têtue. Têtue dans l’âme.

Ton petit côté « cigale » est également à revoir sisisi. Il est une nécessité de temps en temps de se faire « fourmi » surtout en cette époque si difficile.

Tu as de l’humour et çà c’est fantastique. Le rire oui il nous faut toujours rire. Rire est l’antidote au malheur, à tous les malheurs que nous nous construisons jour après jour et à ceux que nous traversons malgré nous. Il nous faut nous retrouver dans le rire, ce grand rire tonitruant – possible que dans la Joie. Tu ne manges et ne digères que les repas que tu as avec patience préparé. Ne compte sur personne d’autre pour rire.

Le rire simple et parfois simplement le sourire. Sourire à la Vie, sourire au bonheur de vivre et d’exister. C’est merveilleux ce sentiment d’exister tu ne crois pas ?

L’inspir et l’expir, le bonheur d’Être. Pas ce respirer machinalement – non – le respirer en conscience. Consciente qu’à chaque seconde l’air entre et sort de tes poumons. Miracle de la Vie.

Continue ta route Roxane, continue à être ce petit bout de femme intrépide et curieuse de tout. Continue d’être toujours là pour ta « petite » sœur même si pour l’instant elle ne le sait pas et n’entends pas les mots que tu lui adresses pour la faire grandir. Si un jour je venais à partir, je sais que tu prendras le relais. Ce relais que nous devons tous être pour l’autre, celui qui souffre et que nous devons délivrer parfois dans des actions qu’il ne comprend pas.


Sois ce papillon qui a réussi à sortir de son cocon pour aller respirer le nectar des fleurs.

La vie est fleur et l’humain que nous sommes le papillon qui va à sa Rencontre. Au fond de la fleur Roxane se trouve la réponse à toutes tes questions. Tu es Roxane tout autant ce papillon que la fleur, que le ciel, que l’eau, que la terre – tu es dans ce Tout qui nous enveloppe maintenant et pour toujours.

Je t’aime

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