La mort dans l’âme…

Dominique La GuerrièreLA MORT DANS L’ÂME

Elle a 14 ans, elle veut mourir. Elle se sent rejetée, délaissée par ses parents et n’a vraiment plus aucune envie de vivre cette maltraitance sans fin. Elle a peut-être tort mais c’est ce qu’elle pense. Cette vie là qu’elle est obligée de subir, elle n’en veut plus. Elle veut s’évader à jamais. Personne y compris ses parents ne pourront l’obliger à supporter cette vie de merde. Si vivre c’est çà, elle file sa démission. Elle sait qu’elle a cette liberté là, elle sait qu’il existe ce choix,  celui de dire NON. Ce choix de ne plus subir cette maltraitance, cette soumission imposée par les coups et l’humiliation. Elle peut le faire, elle est née libre, sa vie lui appartient. A quoi sert de vivre sous cette violence mentale et physique ?

Elle savait depuis longtemps que son père, boulanger, détenait un pistolet. Elle savait où son père cachait l’arme et le chargeur. Elle réussit avec ruse à la subtiliser. Une fois le chargeur encastré dans le pistolet, elle le rangea dans son cartable.

Mardi 03 mars 1970 : A côté d’un Lycée d’Épinay-sur-Seine, une petite mairie Annexe. Derrière cette annexe, un chemin de halage qui longe la Seine et permet d’atteindre un petit bois. Ce bois est le lieu secret où elle va régulièrement avec ses 2 amies. Petit bois qui abrite après les cours leurs peines d’adolescentes. Ce bois ne se trouve pas à côté de chez elle, elle doit prendre chaque jour le bus pour se rendre au lycée. Ses amies connaissent son mal-être, ses difficultés avec ses parents et lorsqu’elle doit prendre le bus après les cours, elle se sépare d’elles, leur confie qu’elle veut aller dans « son » bois seule, elle a besoin de solitude. Une de ses amies, Nelly lui dit « Tu ne vas pas faire de conneries hein dis ? » Elle la rassure du mieux qu’elle peut, elle lui ment.

Comme ce petit bois longe la Seine, Nelly pense qu’elle veut se noyer, elle lui répond « t’inquiète, je ne peux pas me noyer, je sais nager tu sais bien …». Elle est rassurée et la quitte.  Nelly ignore qu’il y a une arme à feu dans le cartable de son amie. Cette arme à feu qu’elle a gardé jalousement dans son cartable toute la journée. Pas une seconde, elle n’a lâché ce cartable de peur qu’une élève ne trouve l’arme en voulant lui « emprunter » un crayon ou une gomme.

Elle se rend le cœur lourd dans le bois qui lui est si familier. Elle reste des heures et des heures seule, elle ne se rappelle plus à quoi elle pensait mais elle sait que ces heures furent terribles et pleines d’angoisse. Elle entend de la musique venant du 1er étage de la Mairie, elle se dit que ce doit être l’appartement privée du Maire. Elle cherche d’où viennent ces notes de piano qui déchirent la nuit et aperçoit à travers une fenêtre allumée une petite fille de dos d’environ 8/9 ans qui joue du piano. Elle ne voit que ses épaules et à 2 reprises son profil. Elle est inquiète, ne veut pas que cette toute petite fille entende le coup de feu et que ce soit elle qui la  retrouve. Elle ne veut pas lui infliger çà. Elle attend longtemps dans la nuit noire. Puis un bruit qui couvre tout se fait entendre. Elle voit sur la Seine une péniche qui fend l’eau noire. Elle attend que la péniche passe juste en face d’elle et tire dans un arbre. Elle regarde la petite-fille qui n’a pas bougé et continue de jouer. Elle n’a pas entendu la détonation. Personne ne vient, elle est toujours dans le bois et sait. Elle sait qu’il va lui falloir attendre une prochaine péniche. La péniche de la délivrance.

Le temps passe et tout à coup dans le lointain, elle entend le bruit familier d’une autre péniche. Lorsque celle-ci est en face d’elle … un grand bruit sec éclate dans la nuit, une odeur de poudre brûlée envahit ses narines, çà pue, plus jamais elle n’oubliera cette odeur. Sous l’impact, elle tombe en arrière.

Elle réalise qu’elle vient de se tirer une balle dans le ventre.  Elle est allongée sur le dos, terrassée par la douleur et regarde la nuit. C’est une nuit froide, très froide et à cet instant précis, il ne lui vient qu’une certitude, elle vient de faire une « grosse connerie ».

Elle a mal, très mal, au dos, au ventre, partout. Elle n’est que douleur. Quelques minutes passent. Elle a la foi, une foi de gamine, elle ne trouve la force que de prononcer « mon Dieu sauvez moi ». Elle n’y croit pas. Elle sait qu’elle est seule, qu’il fait très froid et qu’elle est seule. Elle a très mal et surtout elle connaît parfaitement l’endroit où elle est allongée. Ce bois secret n’a aucun secret pour elle.

D’un côté un petit rebord très étroit qui surplombe la Seine sur une distance qui avec le souvenir lui semble longue – 80 ou 100 mètres ? et de l’autre côté un mur, un haut mur de béton d’environ 2 mètres de haut et elle ne mesure qu’un petit 1.60 m. Longer un muret peu large qui surplombe la Seine elle le faisait tous les jours en chantant et sans difficulté – mais avec une balle dans le ventre elle sait que c’est impossible. Elle risque de tomber dans la Seine. Savoir nager ou pas ne la sauvera pas.

Elle se lève péniblement. Une fois debout elle se dit que son salut est de marcher en direction de ce mur. Elle ne sait pas comment elle pourra le franchir mais elle ne voit aucune autre issue. Il est haut, imposant, elle le sait. Sa seule chance est de l’escalader.

Elle laisse son cartable à l’endroit de sa chute, elle met l’arme dans la poche de son duffle coat et elle marche, marche, une main tenant son ventre. Quelque chose coule dans son dos, elle comprends très vite que c’est son sang qui s’écoule par le trou qu’elle doit avoir dans le dos. Elle le sent glisser le long de sa cuisse, de son mollet. Là la petite fille fan des films de cow-boys qu’elle aime tant ne racontent que des bêtises. On ne peut pas galoper à cheval avec une balle dans le ventre comme si de rien n’était. La douleur est insupportable, elle se voit mal caracoler à cheval ! Ce sont tous des menteurs à la télé, un mythe qui s’écroule !

Elle continue sa marche, traverse le petit bois, la distance lui parait longue et elle est gênée dans sa marche par les branchages. D’une main, elle se tient le ventre, de l’autre elle pousse les branches qui lui griffent le visage. Elle voit enfin dans le noir une masse imposante devant elle, elle est arrivée devant le mur en béton.

Derrière ce mur elle sait qu’il y a une petite résidence pavillonnaire – des gens pouvant la secourir. Elle est petite, si petite par rapport à ce mur si haut, si impressionnant. Elle lève les yeux et regarde le haut du mur, elle sait que derrière lui il y a la Vie. Elle est accablée, jamais elle ne pourra le franchir. Elle est fatiguée et a tellement envie de dormir. La douleur lui coupe la respiration, son ventre et son dos en feu l’oblige à s’asseoir par terre. Elle s’adosse au mur infranchissable et sa pensée dérive. Elle lutte pour garder ses yeux ouverts, ses paupières sont lourdes … Elle pense que c’est vraiment trop bête, elle a fait tant d’efforts, marché si longtemps pour arriver là et qu’une distance infime reste à parcourir – juste ce mur à escalader.

Elle touche son ventre. Elle sent une déchirure dont les bords sont rugueux sous ses doigts. Son manteau est comme brûlé. Elle se dit « merde, mon manteau est foutu ». Elle est triste car elle l’aime bien son duffle coat beige. Il est doux, chaud et elle a assez tanné sa mère pour qu’elle l’achète. Elle ouvre son manteau, touche son ventre à nouveau et constate que son beau pull rouge, son préféré, a lui aussi un trou.

Elle en est là à se découvrir, constater ses blessures et les dégâts de son acte. Elle a un trou dans le ventre alors qu’avant elle avait un grand vide. Ce vide remplacé par un trou où la vie s’échappe doucement. Mais elle s’échappait déjà avant sa vie, dans ce vide qui l’habitait continuellement.

Elle est surprise tout de même car elle ne saigne pas. Elle touche son manteau, son pull, aucune humidité sous ses doigts. C’est sec de chez sec. Comment est-ce possible ? Il parait qu’avant de mourir, des gens voient leur vie défiler devant leurs yeux, elle, elle se pose encore et toujours des questions…

Elle n’a pas de réponse et puis à quoi bon maintenant. Elle constate juste qu’elle se vide uniquement par le dos et sa tête reposant contre le mur froid, elle pense. Elle n’arrête pas de penser. Elle se dit que sa route s’arrête là – assise contre un mur de béton par une froide nuit du 3 mars 1970. Dans 5 mois elle aurait eu 15 ans.

Elle tourne doucement la tête et aperçoit à environ deux mètres d’elle des casiers en bois remplis de bouteilles de vin vides. Là elle est irritée. Elle vitupère contre ces gens de l’autre côté du mur. Ils sont vraiment dégueulasses de se servir du bois comme décharge publique. Elle contemple ces casiers épars … le temps passe. Elle est épuisée et il fait si froid. Elle se dit que si elle avait su, elle serait restée couchée dans le bois près de son cartable. Sa prière n’a pas été entendue. Une menterie de plus …

Et puis une image, un flash s’insinue avec force dans sa tête. Elle se voit empiler ces casiers les uns sur les autres comme des marches d’escalier. Elle se voit décaler un peu chaque casier pour y mettre le bout de ses pieds et grimper pour atteindre le haut du mur. L’échelle de Jacob là, à côté d’elle – rêve éveillé.

Elle se lève difficilement et sa vision devient réalité. Elle soulève péniblement chaque casier et construit son échelle. Elle grimpe tout doucement car son échelle improvisée manque de stabilité et elle parvient dans la douleur en haut du mur. Là, debout sur le dernier casier, elle regarde cet autre monde «de haut». Des dizaines de lumières fusent à travers les fenêtres de ces maisons où il fait chaud, où il y a des gens qui vivent et elle les imagine heureux. Elle pense que si elle se dit qu’ils s’engueulent toute la journée – elle aura moins envie de les rejoindre. Les engueulades elle connaît, elle n’en veut plus.

Retour à la réalité très vite, le mur est haut, très haut et là il lui faut sauter 2 mètres pour aller frapper à une porte. Impossible de sauter une telle hauteur avec la douleur qui lui coupe le corps en 2 – c’est au-dessus de ses forces.

Elle n’a aucun moyen de redescendre de l’autre côté. Tous ces efforts pour se retrouver coincée sur un mur de merde à regarder la Vie « de haut ».

Les casiers sur lesquels elle est juchée tremblent et il lui est difficile de garder son équilibre. Elle n’a d’autres choix que de grimper sur le mur qui fait environ 40 ou 50 cm de large si elle ne veut pas retomber en arrière.

Elle s’assoit à califourchon sur lui. Une jambe de chaque côté. Elle a tellement envie de dormir, elle ne trouve plus la force de rester assise. Elle comprend que sa vie fout le camp, sa seule culture sont ces westerns vu à la télé – elle connaît la suite.

Elle se couche sur « son » mur qui pour elle devient couche funèbre. Ce mur elle le haïssait 2 minutes avant, maintenant il ne lui reste plus que lui. Il fait partie d’elle. Ce mur, elle l’a escaladé comme une montage inaccessible, il est « elle ».  Ils se touchent – il est glacé et granuleux. Sa joue gauche se colle contre lui, ses bras pendent de chaque côté de lui, ses jambes l’encerclent  comme elles encerclaient les chevaux avant. Joie. Ses yeux se ferment, elle glisse dans le sommeil, le dernier elle le sait. Trou noir.

Le temps passe. Quoiqu’il arrive il ne sait pas s’arrêter le temps ….

Elle sent sa jambe bouger, elle entend une voix forte, elle ne comprends pas les mots, juste une voix, juste sa jambe gauche qui bouge, qu’on secoue.

Les mots arrivent à percer son sommeil «  tu fais quoi là ? Hey réponds moi, tu fais quoi là ? ». Elle ne répond pas, elle veut dormir, elle a tant envie de dormir. Toujours cette voix qui devient de plus en plus forte, une voix de garçon. Elle ne sait plus où elle est. Elle ne sait plus qu’elle est sur un mur. Elle est juste celle que l’on réveille de la pire des façons – en criant et en tirant sur sa jambe. Il parle toujours et répète les mêmes mots. Ses yeux ne peuvent s’ouvrir, ses paupières s’y refusent, elles pèsent 1 tonne ses paupières. Elle essaie pourtant de les ouvrir, en vain. La voix masculine insiste et elle finit par ouvrir la bouche et répondre : « Je dors, fous moi la paix ». Elle ne sait pas qui est la voix, elle ne pense plus, un impératif s’impose : elle veut replonger dans le sommeil. La voix : « comment çà tu dors ??? », elle répond « oui je dors, laisse moi tranquille ». La voix hurle : « Tu ne peux pas dormir sur un mur », il secoue sa jambe de plus en plus fort. Il l’a réveillée et elle est  très en colère, c’est sûrement cette colère, cette montée d’adrénaline qui fait qu’elle réussit à ouvrir les yeux. Elle voit en contrebas, un adolescent qui cramponne son mollet dans ses mains et qui le balance de droite à gauche comme le curé avec son encensoir. Elle est furieuse contre lui et lui demande de se casser, qu’elle veut dormir. Elle essaie de lui balancer un coup de pied pour le repousser, elle n’arrive plus à bouger ne serait-ce qu’un doigt de pied. Elle est paralysée.

Elle est soudain aveuglée par une forte lumière, le bougre avait une torche. Il lui braque dans les yeux, elle gueule de plus en plus fort, l’insulte. Il lui dit « Une gosse ne peut pas dormir sur un mur dehors en pleine nuit ». Elle lui demande qui il est pour l’embêter comme çà. Il lui répond qu’il est scout et qu’il revient d’une sortie. Il a vu une ombre avec le lampadaire à proximité. L’ombre juchée sur le mur c’était elle, endormie.

Elle ne comprend pas la portée de ce qu’il dit, elle persiste et signe elle veut dormir. Elle ne sait plus rien – ne revient pas dans sa vie, ne sait pas qu’elle est sur un mur, n’a plus froid. Elle sait par contre qu’à l’intérieur d’elle, il y fait doux, chaud, elle n’a plus mal – plus d’accès au décor qui l’entoure. Elle sombre dans le sommeil malgré le halo de la torche. Les yeux fermés, elle n’est plus aveuglée. Elle laisse ce môme parler tout seul, il l’ennuie trop. Tout à coup il crie très fort, elle entend un truc du genre « Oh putain … » mais ne se souvient plus exactement des mots prononcés, juste le ton paniqué.

Il lui parle doucement, lui dit des mots réconfortants. Il lui dit qu’il va revenir, de ne pas s’inquiéter. La lumière de la torche n’est plus sur ses yeux, la nuit est revenue, enfin ! (la petite fille a su après par la police, que ce jeune garçon d’environ 14 ou 15 ans avait braqué sa torche sur tout son corps et sur le mur et qu’il avait vu du sang glisser le long du mur. C’était sa vie qui s’écoulait tout doucement sur ce mur qu’elle avait essayé en vain de franchir.)

Elle l’entend qui s’éloigne en courant – elle se rendort. Trou noir.

On la réveille, on lui parle, elle entend des voix. Elle parle, enfin elle le croit, elle veut qu’on lui foute la paix, peut-être que ce sont ses pensées qui parlent dans sa tête. On la bouge, elle sent qu’on touche son corps, elle réussit à ouvrir les yeux, il y a plein de monde autour d’elle, des hommes en képi, des gens en robe de chambre, plein de gens en robe de chambre. Un jeune garçon est là, le même. Elle est sur un brancard et elle vomit. L’homme en képi en face d’elle marche vite, il tient le brancard il est face à elle. Elle se retrouve dans un camion de police, ils ont mis la sirène, les virages sont difficiles, il lui demande de se tenir à une barre en fer. Elle a mal à la main et le hurle au policier. Le policier lui dit que ce n’est pas à la main qu’elle a mal mais ailleurs. Elle est en colère, elle a très mal à la main, elle gueule et là il comprend, le camion prend les virages tellement vite que sa main qui tient la barre, s’écrase à chaque virage contre la paroi métallique du fourgon. Elle a les doigts abîmés. Il lui demande de lâcher la barre, qu’il va tenir le brancard posé au sol. Elle l’entends lui dire avec gentillesse et humour, « Tu gueules pour ta main mais … et le reste ? tu n’as mal nulle part ? » Elle sent son corps irradié comme si un feu brûlait de l’intérieur mais la douleur est à ce moment là supportable. Elle veut dormir et vomit encore.

Elle se réveille sur une table à l’hôpital, un policier lui demande son n° de téléphone afin de prévenir ses parents, elle lui donne du bout des lèvres. Il veut lui poser d’autres questions en même temps qu’on l’a déshabille. Elle hurle de nouveau et exige que ce flic sorte, pas question qu’il la voit toute nue. Plusieurs examens + radios puis le flic revient vers elle. Il dit à la jeune fille que ses parents sont dans le couloir et veulent la voir, lui parler. Elle refuse ! Il insiste, nouveau refus. Elle demande aux infirmières de faire sortir le flic, elle veut qu’on lui fiche la paix. Il sort en même temps qu’un médecin entre. C’est le chirurgien, il parle comme un chirurgien. Les infirmières se poussent pour qu’il puisse s’approcher d’elle. Il tente avec beaucoup de douceur de la convaincre de laisser ses parents lui parler, elle refuse à nouveau et il insiste, nouveau refus. Il lui dit qu’ils n’ont que quelques minutes avant l’opération. Elle refuse.. Il lui dit qu’elle « doit » parler à ses parents car elle n’aura peut-être plus l’occasion de le faire. « Tu vas peut-être mourir lui dit-il, tes blessures sont graves et tu ne peux partir sans avoir parler à tes parents  » . C’est ce que lui pense, pas elle. Elle lui dit qu’elle ne veut plus jamais leur parler, que si elle est là allongée sur une table d’opération, que c’est de leur faute, qu’ils assument. Il plonge son regard dans le sien, elle ne sait pas ce qu’il y lit mais il n’insiste plus. Il sort. Elle ferme les yeux – trou noir.

Elle a survécu à ses blessures, à son coma … la suite n’est pas importante, l’épreuve est dépassée. Ce chirurgien, elle l’a retrouvé par hasard plusieurs années après dans la nouvelle boulangerie de ses parents à Paris, rue Vaneau (7ème arrondissement). Elle l’a immédiatement reconnu, lui non. Lorsqu’elle lui a dit « suicide par balle à l’abdomen » il a toute de suite su qui elle était. Doux moment entre elle et son chirurgien, son sauveur … jamais elle ne l’a oublié ni son nom. Pas plus qu’elle n’a oublié ce jeune scout même si son visage a depuis longtemps déserté sa mémoire.

Récit fidèle d’une tentative de suicide, la mort dans l’âme – impossible d’oublier. Descendre au bout du bout de sa douleur, côtoyer la mort de si près – change votre vie à jamais.

Cette épreuve dans la solitude, dans la nuit, dans le froid a longtemps hanté cette jeune fille. Marquée au fer rouge à vie mais pas pour les raisons qu’elle croyait. La cicatrice qui lui reste de cette nuit traverse tout aussi bien son ventre que son Âme. Elle sait  que cette nuit fut très importante pour elle, elle lui a permis de se connaître et de savoir de quoi elle était capable. Elle sait toute l’énergie qui vit en elle. Elle connaît sa force, sa détermination. Elle sait que la Vie est belle y compris dans ses pires épreuves. C’est quand la Vie nous quitte qu’on le comprend.

Son caractère, Sa personnalité s’explique dans ces quelques heures – dans cette nuit. Sa Foi l’a sauvée, l’a portée – c’est la seule certitude qu’elle a en ce monde.

Par la suite elle a très souvent pensé à la mort, très souvent pensé qu’elle allait recommencer et cette fois ne pas se rater mais toujours elle repensait à cette nuit, à ces casiers. Elle n’avait pas peur de mourir, elle n’était rien, ne comptait pour personne du moins le croyait-elle, sa vie ne valait rien, elle se fichait de partir. Mais elle revivait chaque seconde de cette nuit du 3 mars. Est-ce qu’elle avait fait « tout çà » pour gâcher la chance qu’elle avait eu de vivre ? Ah non alors. Ce qu’elle a fait à 14 ans,  elle pouvait le refaire, il fallait juste trouver des casiers et construire une autre échelle. Je pense qu’on a tous en nous plusieurs dizaines de casiers à disposition qui n’attendent que nous. il nous faut juste les trouver, les assembler et les gravir.

Elle a traversé bien d’autres épreuves cette jeune fille devenue femme – aucune ne fut plus dure ni plus enrichissante que cette nuit glaciale du 3 mars 1970. presque 50 ans après, elle est toujours là quand elle perd Espoir et doute d’elle.

Chaque épreuve que nous sommes amenés à vivre peut se dépasser, grande est la force qui vit en nous.

Implorons cette échelle, celle qui nous portera vers le haut, vers la Vie, vers notre Vie !


2 réponses à La mort dans l’âme…

  1. Ouattara Seydou dit :

    Bravo, bravo et encore bravo Talitha! Après avoir lus ton mysterieuse et extrahordinaire expériance, surtout pour une fillette de 14 ans, je ne peux que te dire bravo. Car, cela est un cas aussi spécial! En touts cas, je suis très heureux de faire non seulement ta connaissance et en plus de laquelle nous sommes des amis! Merci énormemnt de me maitre au courant de ça. Ton ami Seydou en Cote d’Ivoire, on est enssembme.

  2. Ping : Faut-il « comprendre » le monde ? | « Soyez Passant »

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