Une lecture du Livre de Job (Père JY Leloup)

… Le Livre de Job est une apocalypse, un dévoilement.

C’est un livre de révélations.

Révélation de ce qu’il y a dans l’être humain, révélation de ce que l’être humain est capable d’endurer, de traverser et révélation de l’identité véritable qui va apparaître lorsque toutes les fausses identités se seront écroulées…

On peut dater ce livre du sixième ou cinquième siècle avant Jésus-Christ.

Certains diront que Job est un être historique…

Job est un archétype…

Job va nous révéler à nous-mêmes et il va nous aider à poser les questions : pourquoi il y –a-t-il du mal ? Pourquoi la souffrance des innocents ? Pourquoi l’injustice ? …

Le Livre de Job, au cœur de la Bible, d’une certaine façon, déconstruit certaines images de Dieu.

 » Il y avait au pays de Hus un homme du nom de Job.

Il était intègre et droit.

Il craignait Dieu et il s’écartait du mal.

Sept fils et trois filles lui étaient nés.

Il possédait sept mille moutons, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et une très nombreuse domesticité « … (Job, Ancien Testament, les livres poétiques et sapentiaux)…

Dans un premier temps, Job est l’archétype de l’homme accompli, de l’homme juste qui vit complètement la Thora.

Il vit la loi de Moïse…

Il a observé la Loi, il a fait le bien et c’est un homme béni…

Il est riche…

On a là, un sorte de portrait d’un homme idéal, parfait, d’un homme « réalisé » dans le sens du Premier Testament…

Après avoir décrit ce qui était sur la terre, toujours dans ce premier chapitre, on décrit ce qui est dans le monde intermédiaire, c’est-à-dire ce qui préside à l’existence…

Et là il est question du « Conseil Divin »…

Et voilà que dans ce « Conseil Divin », il y a Satan.

Satan est un « Fils de Dieu » il fait partie du « Conseil Divin »…

Comme, si sortaient de l’Origine, du bien mais aussi du mal.

Et ça va être la grande question du Livre de Job : comment peut-on croire à un Dieu bon quand il y a tant de malheurs sur la terre ?…

Comment expliquer, non seulement, qu’il y a de l’Être plutôt que rien mais qu’il y a du malheur plutôt que du bonheur, qu’il y a de la souffrance plutôt que de la joie ?…

Dans le texte biblique, il n’y a pas deux origines.

On n’est pas dans un texte de type zoroastrien où d’un côté il y a le Dieu de la Lumière et de l’autre le Dieu des ténèbres.

Dans le texte biblique, il y a un seul Dieu, une seule Réalité, une seule Source à la réalité quelle que soient ces réalités.

Et parmi les réalités que nous rencontrons, il y a du bonheur et il y a du malheur, parmi les réalités que nous rencontrons, il y a de la justice et il y a de la beauté mais il y a aussi des horreurs.

En nous il y a de la paix et il y a de l’angoisse, il y a des moments de bonté, de générosité et il y a de l’avarice, de la jalousie, de la violence.

Il y a, à certains moments, du pur amour et à d’autres moments de la perversité et un désir de mort.

Le Livre de Job va nous révéler tout ce qu’on porte en nous de lumineux mais aussi tout ce qu’on porte d’obscur…

Les textes bibliques nous disent donc qu’à la racine de tout ce qui est il y a une seule origine.

L’origine de tout ce qui est, c’est Je Suis…

Il n’y a pas une origine du bien et une origine du mal,.

Il n’y a pas de dualisme.

Il n’y a pas deux dieux qui s’affrontent…

Mais un état intermédiaire qu’on appelle le Shatan, l’adversaire, l’ennemi, l’accusateur, le tentateur et il faut se souvenir que le Shatan est une créature, une manifestation de Dieu.

Sa fonction est de nous tester…

Le Livre de Job va nous dire que la vie nous veut du bien et que c’est à travers Shatan, le tentateur, le mal, l’ombre que la Vie nous veut du bien, c’est-à-dire que la Vie veut que nous soyons éveillés au Réel, pas à des états psychiques merveilleux mais à ce qui est au-delà de ce que l’on appelle le bonheur et le malheur…

Selon le Livre de Job, il nous est révélé que s’il y a du malheur dans notre existence, s’il y a des épreuves, c’est pour nous tester… et que même le négatif est positif car ces épreuves sont des occasions de révélation parce que c’est à ce moment-là que l’on voit qui on est…

Le Livre de Job met en scène l’Être qui est Celui qui est, son rayonnement et nous dit que ça fait partie de son Être, de son amour de nous éprouver pour que soit révélé au-delà de nos révoltes, de nos souffrances et de nos absurdités, l’être authentique qui nous habite, le « Je Suis »…

Le test pour Job va s’avérer difficile…
Il est touché dans son avoir… On lui enlève tout ce qu’il a…

Puis Job va endurer la perte de ses enfants … et il va dire les paroles de sa Tradition, les paroles du deuil dans le judaïsme « Nu, je suis sorti du sein de ma mère, nu, j’y retournerai »…

On voit la sagesse, la profondeur du niveau de conscience qu’il exprime lorsque, face au malheur, il est capable d’être dans cette lucidité, dans cette clarté de l’Esprit et de se tourner vers l’Être en disant : « Yod he Vav He a donné, Yod he Vav He a repris, que le Nom de Dieu soit béni »…

Ce texte nous rappelle, qu’à certains moments, au cœur de nos épreuves, nous sommes dans cette clarté, dans cette justesse, plus intelligents que l’intelligence que l’on a et ce sont alors les paroles de la Tradition, ce sont les paroles de l’Ange, ce sont les paroles de la Sagesse, de la sainte Sophia qui parlent en nous et nous aident à tenir debout au cœur de l’épreuve…

Extraits du séminaire animé par Jean-Yves Leloup (Père Jean-Séraphim) au Monastère Saint Michel du Var du 17 au 19 août 2012 (Première journée).

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Père Jean-Yves Leloup

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